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Daniel Tammet : un autre regard sur l’autisme

Article de Catherine Dupont Le Calvé

samedi 7 février 2009, par Webmaster


Voir en ligne : Embrasser le ciel immense

Pour la promotion de son dernier livre "Embrasser le ciel immense" aux éditions Les arènes :

http://www.arenes.fr/spip.php ?article1358,

Daniel Tammet, déjà auteur de "Je suis né un jour bleu", homme asperger et reconnu come l’un des "100 génies vivants du monde", est invité sur différents plateaux de télévision.

Son passage au "Grand Journal" de Canal Plus le 26 janvier, fut decevant de par l’attitude des journalistes qui ont manqué totalement d’empathie à l’endroit de Daniel Tammet, et ont fait une fixation sur leur facination plutôt que de poser des questions intéressantes_ celles que leur métier est sensé leur faire poser_ à l’auteur du livre.

Daniel Tammet a été ensuite, le 5 février, invité à l’émission "C’est au programme" sur France2 ; on peut la voir sur ce lien http://cestauprogramme.france2.fr/index-fr.php ?page=article&id_article=3133 .

Ce fut nettement mieux qu’à canal+, Sophie Davant a posé des questions qui appelaient des explications pour comprendre et éventuellement avoir envie d’en savoir plus en lisant le livre. Une interview qui collait bien aux prétentions de l’émission (accessible à tout le monde). Ici, Daniel Tammet, contrairement à l’émission "Le grand journal" de Canal Plus, n’était pas pris pour un singe savant mais pour quelqu’un qui a à apporter aux autres par ses différences et surtout par ses ressemblances.

On n’a pas échappé à une petite démonstration sur le jour de la semaine correspondant à une date, mais sans exagération, juste pour crédibiliser auprès des téléspectateurs, les capacités hors norme de Daniel Tammet.

J’ai particulièrement aimé le parallèle fait sur les différentes mémoires par Daniel Tammet. Quand lui aime et retient les chiffres, d’autres ont des capacités extraordinaires pour les commérages... A chacun son génie ! Ceci dit avec le plus grand sérieux mais quelle vérité ! Au delà des mots de Daniel Tammet, il y a tout ce qu’ils véhiculent... Des vérités dites avec toute la noble simplicité de l’intelligence !

Et son interview explique mieux la quatrième de couverture du livre, quand il dit que chaque cerveau a du génie. En fait, il y a chez Daniel Tammet, un respect de l’être humain, un non jugement de l’autre, un esprit qui va à l’essentiel pour trouver le côté positif de l’autre.

Après à chacun d’assumer ses propres centres d’intérêts !

Son enfance avec les difficultés dues à l’autisme est évoquée. Il est clair qu’il ne faut pas faire de confusions, toutes les personnes qui entrent dans les troubles du spectre de l’autisme n’ont pas le même profil que Daniel Tammet, et très, très, faible est le pourcentage de ceux qui ont son génie.

Ceci nous prouve bien d’ailleurs combien la recherche scientifique a encore à nous apprendre à propos du spectre de l’autisme et de toutes les maladies rares non encore connues aujourd’hui mais qui y sont associées.

En attendant, ce que je retiens du discours de Tammet, est qu’il croit à la capacité de chaque être humain. Il reste modeste et finalement nous rappelle que le génie est un mot propre aux neurotypiques selon leur norme à eux.

Et quand on se dit : "oui mais, j’ai un enfant autiste qui est loin d’avoir les capacités de Daniel Tammet..."

Ne faut-il pas alors tout simplement oublier les repères de la norme, partir des difficultés rencontrées par son enfant, constater une à une ses victoires et comprendre alors le génie selon le handicap du départ et non selon une norme des plus nombreux ?

Est-on vraiment un génie lorsqu’on peut réciter pendant cinq heures les décimales du nombre pi mais qu’on a du mal à reconnaître un visage ? Quelle capacité sera la plus importante dans la vie et selon quelle contribution pouvant être faite aux autres ?

La difficulté sociale est bien réelle chez Daniel Tammet, mais dans la mesure où il est capable de faire des choses extraordinaires que les ordinaires ne savent pas faire, ceux-ci lui portent tout leur intérêt. Les neurotypiques sont ainsi, ils sont attirés vers le truc en plus, ce qu’ils n’ont pas mais qu’ils admirent avec envie. Daniel Tammet, les rassure avec respect... Belle leçon d’humilité !

Qu’est-ce qu’on aimerait alors que les neurotypiques comprennent la leçon et portent aux personnes autistes rencontrant les pires difficultés le même intérêt qu’une personne autiste, aux capacités fascinantes pour eux, leur porte (toujours à eux les neurotypiques) en leur expliquant l’importance du centre d’intérêt.

Mais ici, il n’y a plus de débat, il y a simplement cette vérité criante : Chaque être humain a quelque chose à apporter mais tout dépend de ce que les neurortypiques auront à en faire...

Le problème est qu’ils essaient de voir, avant tout, une richesse dans le sens où richesse est ce qu’ils n’ont pas et on est bien ici dans une norme sociale que les autistes même de haut niveau n’ont pas : la perversité pour aboutir à sa petite gloire et l’égoïsme. Rappelez-vous le discours du président Sarkozy qui pour faire passer la valda de l’intégration scolaire des élèves handicapés, parle de l’enrichissement comme de la carotte ! Rien n’est gratuit, le plus fort selon la norme doit toujours voir un profit dans son acceptation à l’autre...

Il y a une richesse cependant qui n’est jamais évoquée, celle qui est de donner à l’autre, même plus faible, la générosité au sens pur, la citoyenneté au sens premier, la responsabilté au sens noble : ne pas seulement vouloir le plus des autres mais savoir aussi apporter son propre plus aux autres ; comprendre la richesse de l’échange même quand il faut du temps pour comprendre ce que le plus faible, selon la norme, apporte. Je croyais que c’était une règle d’or du code social que de comprendre et d’aider l’autre, j’ai compris hélas que c’est une règle trop souvent à sens unique. La majorité des êtres humains en est restée à son stade animal de la survie : la crainte, l’admiration du plus fort et le déni du plus faible, pour la nourriture du ventre.

On aurait pu, à juste titre, espérer qu’une fois le ventre repu, l’être humain songe à l’esprit et comprenne, là, toute la réflexion que le faible (défini ainsi pour le ventre) lui apporte pour relativiser sa condition d’Homme, pour l’honorer, mais que néni, la vérité de l’autre, tant qu’elle n’est pas sienne est toujours un handicap.

Mais l’être humain n’est pas une règle, il est une vie qui sans l’autre n’est plus rien. Certains ont simplement plus de chances que d’autres lorsqu’ils sont dans la plus forte ressemblance du réel ou du fantasme.

Ce que j’ai compris à travers le discours de Daniel Tammet est : cessez de viser un centre du monde, acceptez les diversités, prenez les autres comme ils sont avec leurs propres capacités. Par modestie, il parle du génie de tous mais quand il précise les choses à propos du génie du commérage, il remet bien chacun à sa place. Il y a là, une subtilité que seul un autiste de haut niveau pouvait faire...

Prenons les gens comme ils sont ! Oui à chacun son génie, même si le mot paraît fort...

Quand une personne arrive pour la première fois à l’âge de 30 ans à faire ses lacets, ne doutons pas qu’elle est un génie comparé à celui qui n’arrivera à le faire qu’à l’âge de 40 ans !

Etre citoyen, c’est avoir écrit son dictionnaire humain !

Bien à vous,

Catherine Dupont Le Calvé

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