mardi 29 avril 2008, par Fredjeanne
Tranche de vie : il est 18h, je viens chercher Hermine à la sortie de l’étude. Elle sort de l’école en donnant la main à un instit’, je vois qu’elle parle et rigole avec lui. "Cà c’est très bien passé, comme d’habitude" me dit-il en me donnant le cartable. Hermine court vers l’aire de jeu du parc, où deux "grandes" filles d’au mois neuf ans sont en train de jouer. "Hermine, Hermine" appellent-elles. "Viens nous faire un bisou". Hermine s’exécute volontiers, et commence à jouer. "Elle est trop adorable, Hermine" se disent les grandes filles entre elles. L’une d’elles m’interpelle : "Madame, excusez-moi, est-ce qu’Hermine est autiste ou trisomique ? " - "Elle est autiste" - "Parce que ma cousine, elle est trisomique" - "Ce n’est pas tout à fait pareil, tu sais" - "Oui, parce que ma cousine, elle fait des crises, très violentes". Moui, bon, c’est arrivé aussi à Hermine, dans le temps... Mais pas le temps de répondre, la fillette court déjà vers la balançoire à bascule. "Accroche-toi bien, Hermine, on va se balancer très fort". Hermine, sur la balançoire, a un sourire d’une oreille à l’autre. Le soleil brille. Je suis heureuse. J’aime aller chercher ma fille à la sortie de l’école. J’aime qu’elle rencontre des enfants qu’elle connaît dans le parc. J’aime le naturel avec lequel ces fillettes abordent le handicap. J’aime la loi du 11 février 2005, qui rend tout cela possible.
La réaction de ces fillettes montre bien, s’il en était besoin, que l’inclusion scolaire ne revient pas à nier le handicap, ni à faire semblant de ne pas le voir, ni à se contenter de le "côtoyer" - mais mène à en parler, à y réfléchir, à faire des comparaisons, et à évoquer librement la trisomie de la cousine, au lieu d’en faire un secret de famille "honteux". C’est une libération du regard et de la parole, en plus d’une grande leçon d’éducation citoyenne. Et tout çà dans la joie, le rire, les bisous, le soleil et les balançoires…